La fillette dort encore.
Profondément.
Penché au-dessus d’elle, il peut sentir le souffle de sa respiration, détailler son visage, discrètement révélé par le halo Terrestre : dans les ténèbres, la planète et l’enfant s’accordent d’une égale perfection, le ramenant à ses incertitudes.
Qui était-elle ?
D’où venait-elle ?
Comment avait-elle survécu et, surtout, comment était-elle arrivée là ?
Sa présence sur la Lune était une énigme, qu’il ne pourrait pas résoudre sans aide. Inutile, donc, de batailler en vain. Se faisant une raison, il attrape le tabouret de la table de nuit et vient s’asseoir à son chevet, où il n’a plus qu’à attendre son réveil. Attendre, une fois de plus.
Attendre.
Une dernière fois ?
Des heures durant, il veille sur son sommeil, l’observe d’un regard bienveillant. Car non, elle n’a rien d’un fantôme : son pouls est paisible, régulier. A chaque inspiration, sa poitrine se soulève imperceptiblement avant de redescendre. Jamais ses battements de cœur ne s’emballent. Ses traits sont un peu ronds, un peu trop fins, avec au front quelque chose de léger, quelque chose qu’il envie, quelque chose comme de l’insouciance. Autour d’elle, ses cheveux mi-longs sont semés en couronne, sa bouche s’entrouvre à peine, sa petite main se crispe contre l’oreiller de plumes... Avec un étonnement croissant, Philip découvre que cette vision l’apaise, le libère de ses doutes, de ses appréhensions qui s’effacent une à une tandis qu’il se détend, qu’il se délasse. Tout à coup, le voilà saisi d’un sentiment étrange, une sorte d’attendrissement. Tout va changer, songe-t-il en s’étirant. Cette petite fille…
Que voulait-elle ?
Que venait-elle chercher sur sa colline ?
Jusqu’où allait-elle l’entraîner ?
A force de méditer, il passe la nuit près d’elle et, laissant d’autres heures s’échapper …
Finalement, s’endort à son tour.
*
La Terre est au plus haut du ciel. Tout à la fois : imposante et lointaine avec, ouverts sur son visage, deux yeux immenses qui restent posés sur lui, quoi qu’il fasse pour s’en libérer. A une dizaine de mètres de lui se tient une silhouette pâle, changeante, dont il n’ose s’approcher.
Une petite fille.
Trouble. Irréelle.
Il a beau la fixer, il n’en distingue que les grands yeux bleu-océan, les mêmes yeux que la Terre qui, entre temps, est devenue miroir. Marchant vers lui, imperturbable, celle qui le toise esquisse trois mots.
- Je m’appelle Eléanore, lâche-t-elle d’une voix familière.
Ensuite, elle rit.
Rit.
Rit plus fort.
Et le miroir vole en éclats.
lundi 8 décembre 2008
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6 commentaires:
J'espère que tu auras le temps de lire la suite, Grim ; ), vu qu'elle est publiée visiblement toujours aussi exprès pour toi.
Ce sont là les deux derniers segments avant la véritable commencement de l'histoire : on sent que les choses s'y précisent, le ton du livre y est donné de manière plus directe, surtout dans le second. Premier cauchemar d'une longue série... Et si le roman entier n'était qu'un long cauchemar ? Pour moi, en tout cas, c'est ce qu'il est devenu.
J'aime tout particulièrement le premier segment, pour sa sérénité, sa douceur, son côté paisible... Autant dire qu'il y a bien longtemps que je n'ai pas éprouvé un tel sentiment !
(Peut-être faut-il lire entre les lignes une aspiration inconsciente à la paternité ? : ) Brrrrr, j'en tremble !)
C'est vraiment l'arnaque ce blog : d'abord je relis des trucs que j'ai déjà lu un milliard de fois au bas mot et ensuite les coms sont tous de toi ! Enfin "les" coms... Faut le dire super plus vite que la lumière.
Et remonter le temps ?
Non...Ca c'est pas la peine.
Oui oui, j'ai le temps de lire, je le prends, que ça lui plaise ou non ;) Sois assuré que je lis (bénis soient les flux RSS), même lorsque je ne commente pas !
Flux RRS ? Kézako ke ça encore ?
Pfff, ch'suis un vrai dinosaure, moi. Pourvu que je ne croise pas un Dinorider... (brrrr).
Là, je frôle la dépression nerveuse en essayant de comprendre quelque chose à la notice de mon premier portable, reçu à Noël en punition parce que j'avais pas été sage ! Le Père Noël est sans pitié ! Ce doit être un Dieu de l'Olympe reconverti (à peine...).
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