samedi 21 février 2009

Mouvement 02 - Les Sept Couleurs de l'Aube - Segment 6

En théorie, il aurait pu déambuler des heures entre les piles de livres sans croiser l’indésirable visiteur : qu’il prenne une allée au hasard et tombe nez-à-nez avec lui relevait d’une probabilité dérisoire, d’une chance sur un million, une infime petite chance…

Sa chance à lui, probablement.

Confus, il se figea, son cœur cessa de battre, prélude à un de ces instants prémonitoires où le monde affolé s’emballe et rapetisse à l’échelle de l’atome, un de ces instants où l’on se demande s’il n’y aurait pas un plan à l’œuvre dans l’univers, un finalisme auquel aucun humain ne pouvait échapper tant il s’avérait immuable... Avec, à nouveau, la détestable impression d’être entré dans le rêve d’un autre sans pouvoir dire ni quand, ni de quelle façon. Tout se passait comme si quelqu’un était en train d’écrire l’histoire dont il faisait partie et qu’il pouvait deviner ce quelqu’un, penché sur son bureau, griffonnant sans égards pour sa personne imaginaire. Sous le coup du Destin, le réel dévoilait sa fragile relativité…

Elle se tenait debout, sur l’extrême pointe des pieds, et venait de saisir un livre sur l’étagère d’en face : ondulant gracieusement, ses cheveux bruns s’échouaient au bas de son dos et son allure gracile évoquait une princesse, une souveraine de légende. Une Ophélie.

Une Viviane.

Il ne sentit même pas ses genoux vaciller. Lui qui ne s’était jamais que vaguement intéressé aux femmes, voilà qu’il se retrouvait pris au piège d’un labyrinthe sans portes, ni parois, ni fenêtres, dont il ne pourrait plus sortir, quels que soient ses efforts. Rien de commun avec ces aventures sans lendemain qui l’avaient toujours ennuyé, dont il s’était toujours lassé avant même d’en avoir conscience, ni avec ces petites amies dont il partageait les sourires chaque fois plus brièvement… Comme dans les plus beaux contes, dès qu’elle était entrée dans son champ de vision, elle avait effacé toute la rancœur, toute la colère, les récriminations qu’il avait nourries à cause d’elle, éclipsant jusqu’aux titres qu’il venait consulter. Alentour : plus de rayonnages, plus de tables, plus de chaises, plus de tabourets. Ne restait qu’Elle. Elle.

Infiniment Elle.

Sans trop savoir ce qu’il faisait, il s’avança encore.

Ame humaine et Transcendance.



Comment y croire ?

Néanmoins peut-être que tout était là, qu’il n’y avait rien d’autre à apprendre, à ajouter. Peut-être qu’il venait de trouver précisément ce qu’il était venu chercher, plus aisément qu’il ne l’avait prévu. Vingt et un ans. Il n’avait parcouru que quelques mètres sur le chemin brûlant de l’existence ; et il était si jeune ! La route s’annonçait poussiéreuse, éreintante… Seulement, peut-être n’aurait-il pas à la suivre plus avant. Déjà, déjà, il pouvait deviner…

Deviner…

Mais le fil se brisa : au loin, une horloge invisible sonna. Sa psyché s’effrita pendant qu’elle se tournait vers lui.

Fugitivement, il put saisir l’intitulé de l’œuvre qu’elle tenait à la main.

Le Livre de Faërie




Seconde d’expectative.

De Faërie ?

Qu’est-ce que cela lui rappelait, au juste ? ! Un détail important, qu’il savait étroitement lié à la notion de Vérité, et qui n’en finissait plus de se dérober à lui... Un début de pressentiment qui fouillait sa mémoire, s’insinuait dans son esprit, cherchait comment refaire surface. Faërie, lui murmurait-on dans le creux de l’oreille. Apparence.


Illusion.


Esquissant un sourire, la jeune femme posa son regard sur lui : bleu - miraculeusement bleu -, brillant de sa propre lumière, sa propre résonance, lui tournant la tête, les cinq sens, l’intime conviction de son être, le transperçant comme une lance de métal, lui arrachant ainsi les prémices d’un soupir ; un bleu si translucide qu’il découvrait en lui tous les secrets, les hontes, les failles qu’il aurait voulu lui cacher, fondait tous ses doutes en un seul - qu’il transformait en certitude -... Bleu à ouvrir le ciel, chasser les nues, déchirer le linceul.

Tandis qu’il restait là, à la dévisager, muet, les bras ballants, elle fit mine d’entrouvrir les lèvres, peut-être pour lui parler, cependant si elle essaya, alors, il ne l’entendit pas, perdu qu’il était dans des yeux au-delà desquels il pouvait discerner pêle-mêle la clarté d’astres, de comètes, de mille constellations qui tournoyaient ensemble. Un soleil, neufs planètes, lancées dans un ballet céleste, au gré de leurs orbites jumelles… Et, au milieu de ces planètes, la Lune : plus verte, plus belle qu’auparavant. Une colline. Un chêne gigantesque. Une petite fille aux cheveux blonds qui le considérait avec le même regard, le même aplomb.

Le souffle coupé, il chancela, faillit tomber à la renverse mais elle ne s’en rendit pas compte. Désignant la cime du géant, elle se contenta de noter de manière anodine :

- C’est un bel arbre. Il a l’air très, très vieux.

Elle avait dit ça en toute innocence mais tétanisé qu’il était par son brusque retour en arrière, il ne l’entendit pas : les mains tremblantes, il détaillait ses paumes, les lignes qui y couraient, plus estompées, plus floues que de coutume.

- Vous allez bien ?, s’inquiéta--elle en s’approchant de lui.

Le frisson vibrant dans sa voix suffit à le tirer de sa catatonie : abasourdi, il reporta son attention sur elle, la fixant si intensément qu’elle vit s’illuminer une lueur indéfinissable, au fond de ses pupilles.

- Oui, oui, ça va, balbutia-t-il. Ne t’en fais pas. C’est juste que sur le coup, quand tu m’as regardé, j’ai cru… La revoir, à nouveau, comme si c’était la première fois.

- Parce que je lui ressemble ?

Il aurait dû répondre immédiatement, tant la réponse allait de soi. Pourtant, il hésita.

Non. En fait, non, il n’y avait pas entre elles de vraie similitude, rien de flagrant. Elles étaient différentes, très différentes. Mis à part…

Le regard.


Le même, exactement le même regard.


- Oui, admit-il enfin. Tu lui ressembles beaucoup.

samedi 14 février 2009

Mouvement 02 - Les Sept Couleurs de l'Aube - Segment 5

Depuis, un peu de temps avait passé. Ni trop, ni trop peu. Juste ce qu’il fallait.

Portée par un soupçon de brise, Eléanore marchait en direction du chêne, s’en allant parcourir ses rides austères et vénérables, appuyer son front juvénile sur le tronc centenaire, guetter le grain derrière la peau et la sève, par-delà les veines, avec pour unité les premières lignes d’un roman végétal. Semblant ne respirer qu’à peine, elle venait de clore ses paupières, et l’éclat du soleil sur le blond de sa chevelure ne donnait que plus de relief à cette scène enchanteresse. Dans les rayons dansants, l’arbre et l’enfant se métamorphosaient : différents mais semblables, un et un seul, somme et totalité, chacun n’existant plus qu’en tant que prolongement de l’autre. Le visage angélique paraissait du même bois et les doigts, de la même écorce, comme des branches minuscules en train de se former. Fluettes, les petites jambes s’enfonçaient dans le sol en de profondes racines… Ce n’était plus une fillette, qu’il voyait ici, mais une Dryade, une Fée des arbres, un esprit de la Terre.

Qui, brusquement, ouvrit les yeux.

En une seconde, tout convergea vers lui. Les jours, les mois, les années s’envolèrent comme des mouettes chassées du rivage par la marée montante, puis l’univers changea.


Il n’était plus sur la colline. Il n’y avait jamais été. Tiré de ses rêveries par un grésillement sur sa droite, il revenait à lui, à l’étroit dans son costume neuf, veillé par de larges rangées de miroirs, au milieu d’un hall étincelant qu’il connaissait par cœur : celui du bâtiment central des Archives de Boston, où il pensait trouver de quoi améliorer son livre en vue d’une énième révision. « Ame humaine et Transcendance ». Un titre qui en imposait, surtout pour une thèse de fin de second cycle. Un sujet compliqué, l’avaient prévenu ses professeurs, convaincus d’être de bon conseil. Son jeune âge, son orgueil, sa relative inexpérience… Autant d’obstacles qu’il devrait surmonter. Pour toute réponse, il les avait considérés avec condescendance. Compliqué ? Quelle idée ! ! Rien ne saurait être compliqué pour quelqu’un ayant ses capacités. Sur le campus, la confiance qu’il avait en ses aptitudes était légendaire, et son arrogance affichée en agaçait plus d’un. A juste titre. Après tout, se justifiait-il, les rares fois où il éprouvait le besoin de se justifier, pourquoi faire preuve d’humilité, quand on sait pertinemment ce qu’on vaut et mieux, ce dont on est capable ? Terminer ses études en remportant le trophée d’excellence ne l’avait pas encouragé à se remettre en cause, mais il était ainsi et il l’assumait sans complexes.

Une pensée plus triviale rompit cet embryon d’introspection.

Curieux, remarqua-t-il, avant de s’avancer dans le grand vestibule. J’ai oublié quel jour on est. D’un mouvement machinal, il interrogea le cadran qu’il portait au poignet.

Le 14 juin.

Bien, bien...

Hochement de tête.

Parfois, il était si distrait que c’en était gênant ! ! Un surdoué comme lui, ne pas pouvoir se rappeler une simple date ? C’était d’autant plus humiliant qu’au fond, il le sentait, il n’était pas complètement satisfait : une chose le chiffonnait toujours. Le 14 juin, évidemment. Seulement…

De quelle année ? !

L’espace d’un tressaillement, l’angoisse le submergea. Qu’il ne se rappelle pas la date précise, passe encore, mais l’année ? ! De toute évidence, sur ce point - sur ce point uniquement ! -, ses profs avaient raison : il fallait qu’il prenne du repos. Son quotidien n’avait plus rien d’humain : il dormait peu, réfléchissait beaucoup, n’en travaillait que plus, son goût pour les études prenant des proportions pour le moins alarmantes… Ascétisme, réflexion, travail : les trois clés de la réussite selon Philip Dawson. Vu ce qu’il s’infligeait, de telles pertes de mémoires n’avaient rien d’anormal. S’en plaindre ne servirait à rien : s’il s’obstinait à persévérer dans cette voie, à coup sûr, celles-ci deviendraient de plus en plus fréquentes.

Se dirigeant d’un pas pressé vers un terminal de contrôle, il éprouva une drôle de sensation : bien entendu, c’était idiot mais un instant, il s’était cru isolé sur la Lune, dans un futur lointain, comme s’il avait le souvenir d’une chose qui n’avait pas eu lieu, une chose qu’il n’aurait jamais l’occasion de vivre… Le surmenage, sans doute. Du coin de l’œil, il consulta l’info-screen de l’accueil : la date y était inscrite en retrait, en gros caractères rouges.

Le 14 juin 2153.

Un flash. Tout lui revint.

Comment avait-il pu oublier ça ? !

Il lui arrivait d’avoir des absences, bien sûr, mais rien de comparable !

Heureusement, tout rentrait dans l’ordre. Enfin ! ! Enfin, il se rappelait ! Comme quoi… Son cas n’était pas aussi désespéré qu’il paraissait l’être !

Fermant abruptement cette parenthèse, il enjamba le cordon de sécurité et pénétra dans l’édifice désert. A présent qu’il se sentait mieux, il pouvait se consacrer pleinement aux recherches qui l’amenaient ici. A une époque où l’on pouvait aisément accéder à n’importe quelle donnée à partir du moindre infoterminal, il faisait partie des irréductibles qui appréciaient le Livre - sa matière, son odeur, son authenticité - ; ces mêmes irréductibles qui s’étaient battus autrefois pour que les bibliothèques du XXIIème siècle conservent l’ensemble de leurs ouvrages-papier et les tiennent à disposition de celles et ceux qui désiraient les consulter. Travailler à partir d’éditions si précieuses était un privilège, un luxe d’autant plus prisé que l’obtention de l’indispensable code-passe de niveau 3 n’était pas à la portée du premier venu. Philip lui-même avait dû batailler des mois avant de se le voir attribuer : encore avait-il eu beaucoup de chance. Devant les refus à répétition, d’autres plus en vue s’étaient découragés. Pas lui. Ce n’était pas son genre.

Profil correct. Accès autorisé.

La porte magnétique glissa sur ses rails, s’ouvrant sur une salle sans fenêtres, qu’éclairaient ça et là des lampes de bureau à l’ancienne, elles-mêmes vissées sur de larges tables rectangulaires en imitation bois. Des deux côtés de l’allée principale, les étagères étendaient avec discipline leur majesté martiale et rien moins qu’écrasante.

Pénombre, tension.

Silence.

Retrouvant ses repères, il retint sa respiration et se tourna vers le compteur suspendu à l’entrée, s’immobilisant aussitôt : un O2 inattendu y clignotait en chiffres luminescents.

Un 02 ? !

Ses yeux s’écarquillèrent.

Il y avait quelqu’un d’autre dans la salle de travail ? !


Il n’en fallut pas plus pour qu’une grimace de frustration vienne déformer ses traits. Il tenait à ses habitudes, à ces pauses narcissiques où les lieux lui appartenaient : c’était sans doute un peu futile mais, pour lui, c’était d’un grand réconfort, l’équivalent d’une main sur son épaule, un remède à la solitude. Inévitablement, plus les minutes passeraient, plus ce serait avec dégoût qu’il partagerait la salle avec ce… Comment dire ?

Cet intrus.

J’espère qu’« il » va bientôt quitter les lieux !, se prit-il à songer. Je ne pourrai jamais arriver à me concentrer avec quelqu’un dans les parages ! Le poids d’un regard sur ma nuque. Des courants d’air, à chacun de ses déplacements. Le bruit de ses semelles sur le parquet ciré. J’aurai beau essayer de me faire une raison, je ne serai pas capable de supporter ça longtemps.

Peu lui importait que la pièce s’étende sur plus d’un kilomètre carré tant chez lui, c’était viscéral : il avait toujours eu d’énormes difficultés à tolérer un étranger au sein de « son » royaume, n’appréciant guère de se voir rappeler ainsi son statut d’usager. Tâchant de ne plus y penser - comme si c’était possible -, il parcourut la liste des ouvrages proposés, pointant ceux qu’il venait chercher au fur et à mesure. Tant pis. Pour une fois dans sa vie, il ferait une concession. De toute manière, ce n’était pas comme s’il avait le choix, aussi… Mâchoire crispée, il s’engagea dans une première rangée et l’aperçut alors.

samedi 7 février 2009

Mouvement 02 - Les Sept Couleurs de l'Aube - Segment 4

- Rassure-moi. Tu lui as parlé, cette nuit ?


Stupeur. Bourdonnement électrique.


Renonçant aux manières, Philip s’était exprimé sans détours, déterminé à résoudre cette énigme dans les plus brefs délais. Il venait de réactiver le système auxiliaire et, exceptionnellement, son phrasé laconique laissait percer une frustration que même la Voix de la Maison fut forcée de prendre au sérieux.

- Qu’est-ce que tu t’imagines, encore ! ?, bougonna-elle à contrecœur. Tu sais bien que c’est impossible.

- Je voudrais pouvoir m’en convaincre. Son récit fourmille de sous-entendus troublants, et j’ai du mal à croire qu’elle ait tout inventé.

- Je suis d’accord. En matière de sous-entendus, cette petite fille est une experte. Depuis son arrivée, elle les accumule sans s’en rendre compte - et ceux-là ne sont pas les plus préoccupants, si tu veux mon avis -.

- Tu jures que tu n’y es pour rien ?

- Bon sang, ça coule de source : si tu me bloques l’accès au canal d’émission, je ne peux pas l’utiliser, il n’y a pas à chercher plus loin !

La virulence de la réplique parut ne pas atteindre son interlocuteur : par la fenêtre entrebâillée, il surveillait sa petite protégée qui jouait à proximité du chêne, courant après un gros papillon jaune. Il était fier de lui. Les papillons avaient été une excellente idée. Comme à l’accoutumée, la matrice avait rempli ses fonctions au-delà de toute espérance.

- Peut-être qu’elle a un Don, laissa-t-il échapper.

- Une Psi, à cet âge-là ? !, s’empressa de commenter la Voix, intriguée. Pourquoi pas, après tout. Ceci étant, permets-moi quand même de te rappeler qu’officiellement, ce type de faculté n’existe pas. Les recherches menées dans cette branche n’ont pas franchi le stade artisanal.

- Rien d’étonnant. Ce domaine d’étude avait mauvaise presse, à l’époque. Sur le papier, pourtant, ça paraissait plausible. Finaliser l’ensemble aurait été l’affaire de dix à quinze ans, tout au plus. J’ai eu accès à des rapports secrets avant que l’I.S.C. ne boucle…

- Merci, oui, je suis au courant. Parfois, tu sembles oublier qui je suis.

Pour le jeune homme, cette sentence fut comme une douche froide.

- Toutes mes excuses, grommela-t-il, sans une once d’honnêteté. J’avais l’esprit ailleurs. Tu n’ignores donc pas que ces expériences étaient sur le point d’aboutir, de prouver l’existence des capacités extrasensorielles, voire de trouver comment les exploiter sur un plan commercial… De fait, peut-être s’agit-il là d’une authentique Précog ?!

- Une Télépathe, plutôt. J’ai l’impression qu’elle lit en toi comme dans un livre ouvert.

Immédiatement, l’autre s’assombrit. Il n’avait pas le cœur à plaisanter, surtout à ses dépends.

- Eh bien, j’espère que tu te trompes, sinon nous irons au devant de réels ennuis.

- Oh que non, mon ami ! ! Je t’arrête tout de suite. Les ennuis, c’est TOI qui les auras ! Toi et toi seul ! Enfin, il te faudra faire face à cette Vérité que tu fuis, ce qui ne sera pas pour me déplaire, tu t’en doutes bien ! J’ai attendu ça pendant tant d’années !

Furieux, Dawson bondit. Son doigt vola vers le bouton qui verrouillait le circuit principal.

- Soit. J’ai hâte de voir ça.

Qui, de lui ou de la maison, avait prononcé cet ultime défi, il n’aurait su le dire. Sans états d’âme, il désactiva le système audio et le silence tomba dans le petit salon. Dorénavant, seuls quelques cris de joie filtraient au travers de la vitre, annonçant le triomphe d’une Eléanore qui avait fini par attraper son premier papillon.

- Une Psi, murmura-t-il, à l’intention de son reflet sur le carreau.

Sans hésiter, il s’avança, fit coulisser la porte-fenêtre, posa un pied sur la terrasse… Sans se détourner de l’insecte, sa jeune invitée l’appela en trépignant :

- M. Dawson, venez voir, vite !

Ce qu’il fit sans se faire prier.

Or, tandis qu’il se rapprochait, son sourire s’affirma, perdit son apparence forcée pour feindre un naturel que nul n’aurait pu remettre en question. Comme elle exhibait son infortuné captif, celui-ci profita de l’occasion pour recouvrer sa liberté, lui arrachant une exclamation de consternation pendant que Philip l’entraînait dans un nouveau fou-rire, dont les échos résonnèrent jusqu’au crépuscule.



Plus haut, une paire d’ailes jaunes monta dans le soleil et, à trop s’élever, disparut dans l’éclat.